Hyper-émotivité

Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu les larmes aux yeux dans un contexte inapproprié aux yeux des autres.
Cette fois-ci c’était en plein boulot…Ça n’aide pas à être crédible. Mais laissez moi vous raconter !

J’ai été embauchée pour une mission de communication par un institut de recherche qui m’avais déjà employé précédemment, pour le Salon International de l’Agriculture. J’étais Responsable de la médiation scientifique. En somme je m’occupais d’expliquer le contenu des animations relatives aux recherches de l’institut présentée sur le stand aux animateurs, que je formais, supervisais et je faisais en même temps mon boulot de chargée de com/relation publique.
Parmi ces animation, un spectacle de Guignol : ses péripéties évoquaient les problèmes de pollution aquatique et ses conséquences sur l’environnement. Mon boulot, pour cette animation, était de faire la transition entre le spectacle de marionnettes pour enfant, et les recherches de l’institut.
Pour cela, je présentais une des scientifiques de l’institut travaillant précisément sur le sujet. Tout cela au micro, parce qu’en plein SIA, même dans le Hall institutionnel, il faut se faire entendre.

Jusque là, lors des autres jour où Guignol était présent, c’était la responsable permanente qui s’occupait de cette transition. Elle s’en était parfaitement débrouillé jusque là.
Mais, lors de mon dernier jour de travail, elle n’était pas présente, et cette tâche m’incombait donc.

Le spectacle se termine, je m’empare du micro, fais mon petit speech, et tend le dit micro à la scientifique. Et là…
Silence.
Le micro ne fonctionne pas.
Panique.
Je saute sur un autre micro, qui fonctionnait trente seconde avant, avec le marionetiste.
Pareil, aucun son.
Je vois la scientifique trembler, paniquer, je lis la terreur dans ses yeux…

Sur l’instant je ne pensais à rien d’autre que ces fichus micros qui ne fonctionnaient pas. Je ne voyais rien d’autre que cette femme en face de moi, paniquée, qui attendait que je la sorte de l’embarras.
Je serai incapable de vous dire comment je me suis retrouvée 2 mètres plus loin, avec les deux micros en main, à regarder la scientifique tâcher de parler par dessus tout le monde. Je ne sais plus non plus comme les choses se sont terminées.

D’autres représentations devaient avoir lieu dans l’après-midi, et les micros servaient en permanence pour les autres animations. Je DEVAIS réparer ces micros.
Sur ce, surgit un voisin de stand, qui m’accuse d’avoir changer les frequences des dits micros, car leur enceintes diffusaient nos micros. Si j’étais relativement maitresse de moi-même avant cela, autant vous dire qu’après son intervention accusatrice, je me suis décomposée de l’intérieure.

TOUT ÉTAIT DE MA FAUTE !
J’ai entendu une autre membre de l’équipe com dire « on aurait du vérifier les micros ». Cela m’a assassiné, elle avait raison : j’étais partie déjeuner avec mes parents, je n’avais pas pris le temps de vérifier les micros avant. C’était ma faute, j’avais du sans le vouloir, bidouiller un truc et tout détraquer, et maintenant par ma faute, une pauvre femme s’était sentie mal. J’avais entraîné quelqu’un avec moi, je l’avais fait subir les conséquences de mon incompétence. Et il y a avait une multitude de témoin de tout ça.
La seule fois où j’étais en charge de cette logistique, j’avais tout ruiné : les scientifiques ne voudront plus jamais participer au salon après cette horrible expérience, c’était de ma faute. Le public avait pris l’institut pour des branques, c’était ma faute.
Je n’avais pas assez bien fait, j’avais encore tout raté.

Mes parents sont passés me voir à ce moment, et j’ai craqué. Je ne voulais pas pleurer, mais quelques larmes m’ont échappées, j’ai essayé de me cacher quelques part, mais je ne pouvais pas m’éloigner du stand au cas où on ait besoin de moi (les animateurs). J’ai retenu de toute mes forces mes pleurs, je sentais la tension de mon diaphragme, les muscles de ma cage thoracique, ma gorge serrée. Je luttais contre moi-même et ce flot de détresse qui me submergeait.

A cet instant, j’avais vraiment tout gâché, parce qu’en plus, le marionnettiste m’avait vu craquer. C’était fini, je n’étais plus crédible pour rien ni personne. Je serais éternellement celle qui a foiré la seule responsabilité qu’on lui a donné le jour de son départ, et qui en plus a fondu en larme pour ça.
Je me sabordais moi-même, encore une fois, je ruinais tout.

Puis j’ai appelé le technicien, pour réparer, il était impossible de ne pas réparer le bazar dont j’étais entièrement responsable.
Il arrive et ses premiers mots sont : « Et pourquoi ce ne serait pas de leur faute à eux ? Vous n’avez rien touché non ? ».
Ah bah, oui…effectivement je n’avais rien touché. Sauf le bouton « volume ». Non, en effet, je n’avais rien touché.
Lueur d’espoir.
Il s’en va discuter avec l’autre stand, soi disant victime de nos piratages de fréquences. Le technicien revient et me confirme que c’est entièrement de LEUR faute : ils avaient pris la liberté de bidouiller LEUR fréquences, sans se demander si les autres fréquences étaient déjà prises ou pas.
Je n’y étais pour absolument RIEN .

Les pannes micro étaient survenues alors qu’ils venaient de trafiquer leur propre matériel, voilà pourquoi, nos micros avaient subitement cessé de fonctionner.
Toutes vérifications préalables n’auraient rien changé puisque cela venait d’eux, et que les micros étaient parfaitement fonctionnels toute la journée avant cela.
Micros que, une fois toute éventualité de culpabilité envolée de mon esprit, je me souvenais avoir vérifiés le matin même en arrivant, et revérifiés en les utilisant moi-même 2 minutes avant le spectacle de Guignol.

Je n’y étais strictement pour rien.
Il n’y avait pas de quoi s’effondrer, c’était un simple aléas technique qui ne dépendait absolument pas de moi. J’avais fait un excellent travail du début à la fin de la semaine, et n’importe qui aurait pu vivre la même situation. Tout le monde a déjà eu des problèmes techniques et personne ne m’a rien dit suite à cela. Toutes les autres représentations se sont très bien déroulées.
Mais pour moi, ce simple « petit » (je le mets entre guillemets parce que ça reste beaucoup trop gros pour moi) était catastrophique. Ça ruinait tout. Tout.
Et je me suis sentie incapable.

J’aurais pu/du garder la tête froide, j’aurais pu/du réagir autrement, calmement. Mais comme chaque fois dans ces moments, tout disparaît, ma vision devient un tunnel, je ne suis plus concentrée que sur une chose, j’occulte tout le reste. Et dans ma tête ne tourne qu’une seule idée : tu as encore foiré, fais quelque chose !!!!

J’ai tout réglé, mais quand même…Ça faisait longtemps que je n’avais pas vécu cela.

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