Un cours de danse insupportable

Hier soir, je suis allée à mon cours de danse classique.
Depuis deux semaines, je prenais un plaisir nouveau à danser. Je dansais vraiment, j’exprimais cette joie spontanée qui montait en moi alors que je bougeais en musique. Pour être honnête, je ne crois pas l’avoir ressentie jusque là, en plus de 20 ans de pratique.

La danse classique est une discipline qui demande beaucoup de concentration et de maitrise, pour être jolie à regarder et donc plaisante à pratiquer. On peut ne pas fournir les efforts, et avoir une technique plus qu’aproximative, mais c’est au prix d’avoir l’air d’un pantin désarticulé. Et c’est assez grotesque, quand ces pantins sont des femmes de plus de 35 ans qui déclarent pratiquer la danse classique depuis 30 ans…

Ceci étant, ce n’est pas mon problème. Je suis loin d’être une parfaite technicienne, mais je danse raisonnablement bien.
Et cette année présente un nouveau défi, je devrais présenter une chorégraphie de danse de caractère au gala de fin d’année de l’école. La danse de caractère, en classique, est en fait une danse russe traditionnelle, qui se danse en chaussures. C’est très dynamique, et assez différent du classique, on travaille sur les angles alors que le classique travaille sur les lignes et les arrondis.
Donc nouveau défi, et nous répétons cette chorégraphie avec les filles depuis décembre. A raison d’une fois par semaine, nous avons donc répété cette chorégraphie plus de 8 fois. Pour chaque cours, nous faisons (à mon grand damne, on devrait en faire plus) 30 minutes à 1h de répétitions de chorégraphie pour 30 minutes à 1 h d’échauffement, sur un cours d’une heure trente.
Même en une demi-heure, une chorégraphie de 6 minutes (c’est long pour une chorégraphie ceci dit) se répète 5 fois. En une heure, on peut la faire 10 fois. Prenons une moyenne (au pif) de 7 fois par cours, nous avons donc répéter cette chorégraphie à peu près 56 fois !

Et bien en 56 fois, AUCUNE nana du cours n’a la chorégraphie en tête.
Mais combien de fois faudra-t-il la leur répéter pour qu’elle l’intègre ?!! Je ne parle pas de la réussir, je parle d’avoir mémoriser l’enchainement des pas. Juste ça. Savoir ce que l’on fait et quand on le fait.
56 fois…

Ce dernier cours a été éprouvant pour moi.
Il leur a fallut 10 minutes par série de 3 pas. 10 minutes…
Si encore il avait s’agit de pas tous différents, mais la chorégraphie est techniquement facile, et ne se compose que de répétitions de séquences. Ainsi, il y a apprendre moitié moins de pas, qu’il n’y en a à faire.
C’est à dire que la chorégraphie ne se compose que de répitétion de séquences : nous faisons un pas, que l’on répète une fois. Puis l’on enchaine avec un second pas répété lui aussi une fois. Et cette séquence complète nous la répétons une fois également. Ce qui donnerait avec des pas nommé A et B :
A, A, B, B, A, A, B, B. (ou autre possibilité : A,B, AB, )
Et toute la chorégraphie est construite sur ce shéma ! Elle peut être découpée en séquences, elles-même pouvant être découpée en deux enchainements, eux-même découpables en couple de pas.
Quand aux placements (et donc aux pieds que l’on positionne devant ou derrière) c’est en mirroir tout au long de la chorégraphie. Nous sommes séparées en deux groupe, et nous sommes le miroir de l’un de l’autre.

Cette analyse, je l’ai fait seule, c’est vrai.  J’ai tiré moi-même ce shéma de construction de la chorégraphie. Mais enfin, c’est d’une évidence !
Mais en 56 fois, personne d’autre que moi ne semble avoir pris conscience de cela. Et même au bout de la 56e fois, il y en a encore pour ne pas tout retenir ni tout comprendre.

Alors que l’on passait 10 à 15 minutes sur chaque série de 4 pas, j’ai senti monter en moi un agacement violent. J’ai eu envie d’arracher ma jupette, de jeter mes guêtres et de claquer la porte du vestiaire en partant. Tant de perte de temps !
Le pire c’est que PERSONNE ne voulais écouter quand je tentais de leur livrer les shémas ou moyens mnémotechniques qui m’ont aidés à retenir l’enchainement des pas.

Alors je m’agaçais réellement, je me faisais la remarque que c’était complètement délirant de s’énerver autant pour si peu. Ce n’était vraiment, vraiment pas la peine de s’énerver simplement pour cela. Ce n’était rien, après tout je la connaissais moi la choré. Alors pourquoi m’énerver comme ça ?
Parce que je perdais mon temps, un temps précieux. Parce que leurs incapacités m’empêchaient moi de progresser, de travailler. Elles venaient « gâcher » mon cours.
J’aurais été tout a fait détendue, si je n’avais pas été reinée par leur allure. Mais parce qu’elles étaient TOUTES à la ramasse, je ne pouvais pas travailler seule dans mon coin.
« Parce que je risquais de les embrouiller ». Selon la prof.
Je les aurais tuées en leur arrachant la jugulaire avec les dents.

Oh et puis, j’étais agacée aussi car nous n’avons pas eu notre échauffement parce que mesdames (qui après une ou plusieurs grossesses ou une hygienne de vie visiblement douteuse) se retrouvent avec des silhouettes qui, fatalement, ne correspondent pas à celles de danseuses classiques et se retrouvent à ressembler à des barriques dans les costumes de gala.
Nous avons donc perdu 40 minutes à discutailler des quels costumes irait le mieux pour ces dames, ne mettrait pas trop en avant leur hanches pour une telle, leur poitrine pour une telle, leur ventre pour les autres…
Au bout d’un moment j’ai faillit craquer et leur dire d’apprendre à se rendre à l’évidence et faire face à la réalité : aucune de nous ne pese 40 kilos pour 1m70, donc FORCEMENT le tule des tutus longs va arrondir nos silhouettes. A toutes !
Et pour les plus rondes, et bien, quelques soit le costume, il ne sera jamais magique et elles seront toujours mal fichues. Désolée.

Je n’aime pas mon corps, mais je travaille dessus pour qu’il me plaise et j’ai eu la décense de respecter d’abord les choix de la maitresse de ballet en matière de costume (et donc, même si le tutu long blanc me tasse et me fait ressembler à une boule blanche, j’ai vu le côté positif qui est qu’il y a des paillettes et que je porte un tutu ! Et le costume est fait avant tout pour le mouvement, pas pour la flatter la danseuse.) ; et ensuite de ne m’en prendre qu’à moi-même si ma silhouette ne me convient pas et de ne pas demander à ce que le monde se plie à mes complexes.

Mais revenons à cette chorégraphie.
Alors que je m’énervais vraiment, j’ai été choquée de me dire que peut-être, peut-être était-ce là ce que je demandais depuis longtemps : avoir un exemple de ce que je pouvais faire et que les autres ne pouvait pas ; avoir un exemple de cet écart qu’il est censé avoir entre ma capacité de compréhension et d’analyse de certaines choses et celle des autres.
La vache.
Sacrée claque.

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