Chapitre 1 – Et si ?

Tout a commencé avec une question.

« Vous avez déjà entendu parler des enfants précoces ?  »

J’ai regardé ma psy avec des yeux de merlan frit. Quel était le rapport avec moi et ce qui m’amenait chez elle ? J’étais là pour me débarrasser de ma dismorphobie (ou dysmorphophobie), pourquoi me parlait-elle d’enfant précoce ?

Alors oui j’en avais déjà entendu parler, vite fait, de ces enfants qui sont doué-e-s intellectuellement. Mais en quoi ça me concernait ? A 28 ans, sans enfants, en quoi je devais me sentir concernée ?

« Oui j’en ai entendu parler, mais jamais cela ne m’a été appliqué. Pourquoi ? »

Oui après tout, pourquoi ?

« Parce que cela fait partie de ce que vous êtes, et que cela pourrait vous aider à comprendre pourquoi vous avez développé le trouble qui vous amène ici. Si je me permets de vous en parler si tôt, on ne s’est vu que deux fois, c’est que c’est assez criant chez vous »

Alors ça… Elle est bien bonne celle-là ! Mais bon, c’est elle la psy pas moi. J’accepte son hypothèse, je lui dit que je vais me renseigner sur le sujet.

La première chose que j’ai faite ? Appeler mon amoureux.

Moi : « Tu sais pas ce que m’a dit la psy ?! Elle croit que je suis surdouée ! »

Lui : « Bah oui, et alors ? »

Moi, estomaquée qu’il ne s’étonne pas : « Mais comment ça « bah oui » ? Ça ne t’étonne pas ?! »

Lui, hyper calme comme si je lui avais annoncé une platitude totale : « Bah non, je le savais déjà. Je t’ai toujours dit que tu étais intelligente. »

Moi, pas énervée, mais franchement estomaquée de son stoïcisme : « Mais…mais…Et bah moi ça m’étonne ! »

 

Éberluée, j’étais éberluée.

 

J’avais du mal à déterminer ce qui m’étonnait le plus : l’idée saugrenue de ma psy, ou le fait que ça ne surprenne pas du tout mon petit-ami. Sur le trajet, autant vous dire que j’ai cogité à mort : mais pourquoi elle me dit ça ? Qu’est-ce qui la fait penser ça ? Comment ça pourrait être possible ? Et si c’était vrai, pourquoi personne n’en s’en est jamais rendu compte ? Et puis quand même, je le saurai si j’étais un génie !

Conclusion : il me faut des données ! 

Je me suis ruée sur internet une fois chez moi. J’ai cherché, presque en vain, des sites sérieux sur ce que j’ai appris être la douance chez les adultes. Un ou deux sites, pas plus, me semblaient pertinents.

Adulte surdoué  ; Ouvrages sur la douance et le cerveau

Et puis j’ai trouvé un livre, que je me suis empressée de commander : Trop intelligent pour être heureux, l’adulte surdoué, de Jeanne Siaud-Facchin

A partir de là, ça a été la grande valse des questions et interrogations sur moi-même. Je me reconnaissais dans certains passages du livre, des petites choses où je me disais « ah tiens, moi je fais ça », mais sur l’autre moitié du livre, je ne m’y reconnaissais pas du tout.

L’auteur parle des surdoués, des « zèbres » comme elle dit (une histoire de rayures unique à chaque individu, de différence qui existe mais ne se voit pas, et je n’ai pas tout saisi…), comme des espèce de super-héros parfois.

Je vous assure, elle utilise tellement souvent le mot « intense » ou « intensément » ou « intensité inimaginable » qu’on a l’impression qu’une personne HPI vit en permanence  au milieu d’un tourbillon où serait lancés des feux d’artifices sonorisés par une énorme technoparade. Il y a même un paragraphe sur l’hyperstésie et la synesthésie, qui m’ont fait penser que les surdoué-e-s étaient en fait des X-men.

Et que, du coup, je n’en faisais évidemment pas partie. Si j’étais Jean Grey, je le saurais. Et ça serait cool !

Le « soucis » c’est qu’entre temps, mon petit cerveau avait déjà bien turbiné, et j’avais commencé à passer en revue ma petite vie, d’aussi loin que je me souvienne jusqu’à aujourd’hui, à la lumière de cette hypothèse. Et cela expliquait tant de choses. Des ressentis, des façons de percevoir le monde, des comportements, et en particulier ce décalage permanent que j’ai ressenti toute ma vie entre moi et les autres.
Cela répondait à une question omniprésente chez moi : Pourquoi ?

Pourquoi je suis la seule de tout mon entourage à pleurer devant l’âge de glace quand on croit Diego mort.
Pourquoi je suis la seule adulte à taper dans mes mains et sauter sur mon siège comme une enfant quand je suis enthousiasmée.
Pourquoi je suis la seule à m’enthousiasmer comme ça pour des « petites choses » qui indiffèrent les autres.
Pourquoi je suis presque en extase quand je croise un papillon sur mon chemin.
Pourquoi quand on me fait une remarque, j’ai le cœur qui saigne et j’entends (quoi qu’on me dise) : tu es nulle.
Pourquoi l’angoisse et la peur sont omniprésente dans ma vie (rassurez-vous, c’est gérable)
Pourquoi je pense à des choses qui n’effleurent personne d’autre et qui leur paraissent stupide dans ce contexte.
Pourquoi, paradoxalement, parfois on me prend pour une demeurée parce que je ne comprends pas ce qu’on essaie de m’expliquer.
Pourquoi j’ai sans arrêt l’impression que les choses sont évidentes, et donc vont sans dire, alors que pas du tout.

Pourquoi, pourquoi, pourquoi…

Mon prochain rendez-vous avec ma psy étaient dans 3 semaines, à cause des vacances.
Ces trois semaines j’ai fait vivre un enfer à mon pauvre amoureux. Il n’y avait pas un jour où je ne me questionnais pas. Un jour c’était évident, j’étais HPI. Le lendemain, c’était impossible, je ne collais pas aux descriptions.

Et ainsi de suite jusqu’au jour où j’ai fait une crise d’angoisse.

Si j’étais HPI, alors quelle honte de n’avoir rien fait de ce potentiel ! J’aurais gâché ma vie, à même pas 30 ans ! Je me sentais déjà coupable d’avoir si lamentablement échoué.
Si je ne l’étais pas, alors j’avais honte d’avoir osé penser que je pouvais avoir quelque chose de bien. Et je serais déçue. Oui déçue de ne pas être particulière. De ne pas avoir quelque chose de bien en moi, juste une.

J’étais en colère, frustrée, effrayée, perdue et désemparée à la fois. Un tourbillon d’émotions qui a explosé en un flot de larmes et de sanglots spasmodiques que mon amoureux à mis 10 minutes à calmer. Il a été un ange, le pauvre. Il a du subir ça, cet espèce de tornade émotionnelle surgie de nulle part, d’un coup.
C’était juste top d’angoisse, trop d’enjeux pour moi.

Je devais savoir, et pour cela, il n’y avait pas 36 moyens.

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