Chaitre 2 – Le test

Pendant nos vacances sur un autre continent, je restais préoccupée par tout cela.
Qu’est-ce que j’étais alors ? Et si seulement j’étais bien « ça », ça donnerait tellement de sens à…tout ! Il fallait que je sache et pour ça, il n’y avait qu’un moyen : confirmer (ou infirmer) l’hypothèse de ma psy par un test de QI.

Rendez-vous pris pour mon retour de vacances. Je suis un peu soulagée, mais aussi angoissée. Je suis toujours angoissée, il parait que c’est normal pour quelqu’un comme moi. Oh ce n’est pas grand chose, juste quelque chose de sourd, en toile de fond. C’est quand ça prend de l’importance que ça devient gênant. Mais au bout de 28 ans, j’ai appris à canaliser tout ça, alors je ne me plains pas !

Voilà, on y est, je vais passer le test. Deux heures. C’est long mine de rien, comme un contrôle de math. J’étais nulle en maths à partir de la 1ère. Scientifique en plus… Paraissait que je pouvais très bien le faire. Oh je l’ai fait, mais pas vraiment comme on s’y attendait. Mais ce sera pour une autre fois, revenons à nos moutons !

Le test donc.
La première chose que je dis à ma psy ?

Moi : « Je vous préviens, j’ai peur !  »
Elle : « Ah oui ? A quel point ? »
Moi : « Étrangement moins que ce que je croyais, moins que pour mes autres examens par exemple. Mais j’ai peur. Pas du test en lui-même au fond, ni même du résultat. Le résultat, ce n’est qu’un chiffre, mais j’ai peur de ce qu’impliquerait le résultat par rapport à ce que j’ai pensé avant. »  
(Vous le voyez là, l’esprit tordu du HPI ? )

On commence le test.
Je dois manipuler des cubes de couleurs pour reproduire un dessin que l’on me montre. Très furtivement, je me fais l’effet d’une enfant à la maternelle, ça a dû faire remonter quelques souvenirs de jeu.
Puis très vite, mon attention se focalise entièrement sur ce que je dois faire. Plus rien n’existe autour de moi que les cubes et le dessin. Je perçois bien sur la table sur laquelle je travaille, j’ai conscience de la présence de ma psy et j’écoute ses consignes, mais mon attention est toute entière portée sur les cubes. A tel point que mon univers à cet instant, se limite à ce bout de table et ces quelques objets de couleurs.

Puis l’exercice se termine, de nouveau le monde s’ouvre, je regarde ma psy, l’observe sortir d’autre cahiers de consignes pour les autres test. Cette fois, ce sont des exercices de mémoires, je dois répéter des séries de chiffres dans un ordre précis. Des séries de plus en plus longue.
J’ai été un peu traumatisée par les chiffres, à cause de mes notes lamentables en maths et physique-chimie au lycée et à l’université. Du coup, l’angoisse remonte d’un cran. Je me sais pas très douée avec ça, la peur d’échouer augmente.
Cette fois-ci c’est différent, pour mémoriser les longues séries, j’ai besoin de les visualiser. Alors je ferme les yeux à moitié, je rejette la tête en arrière appuyée sur le dossier de ma chaise (ça me décontracte les muscles du cou, je suis plus à l’aise pour réfléchir) et je commence à écrire les chiffre dans les airs. Ils m’apparaissent alors plus tangibles, presque comme s’ils étaient vraiment là, et je peux alors les manipuler tranquillement, sans plus trop me soucier de les retenir, puisque je les ai fixés par écrit. Il sont jaunes clairs. Comme fait de nuages.
Ne me demandez pas pourquoi, je n’en ai aucune idée, c’est comme ça que je les ai vus à ce moment-là.
De nouveau je suis totalement absorbée par ce que je fais, l’environnement disparaît. Et heureusement parce que j’avais besoin de me concentrer un peu quand même ! J’aurais été hargneuse avec celui ou celle qui m’aurait dérangée à ce moment là.

Les exercices s’enchaînent, et plus ça va, mieux je me sens. Je me prends au jeu. Mes petits méninges sont sollicités, et j’aime ça. C’est comme les énigmes du Père Fourras dans Fort Boyard. C’est amusant.
A la fin du test, je sautillais carrément d’enthousiasme sur ma chaise à la présentation des exercices. Une vraie gamine à qui l’on donne encore un nouveau jeu auquel jouer.

Le test se termine, et la psy me dit que, même si elle ne peut pas me donner le chiffre précis aujourd’hui, elle peut me donner la tendance. A savoir si oui ou non notre hypothèse de départ, un HPI, est validé ou non.
Pendant une seconde, je sens mon visage se figer, je devine que mes yeux l’implorent et que j’ai l’air terrifiée. Parce que je le suis.
Je vais savoir, là tout de suite, si je me suis fait des idées ou non. Là tout de suite, je vais peut-être me re-découvrir.
Je ne dis rien, j’attends la seconde la plus longue de ma vie.

Elle : Bon je peux vous le dire, vous êtes sans aucun doute une adulte à haut potentiel intellectuel. 


Impossible de vous dire dans quel ordre les choses se sont ensuite déroulées. J’ai du sourire, soulagée. Et puis j’ai du demander « Vous êtes sure ? » une ou deux fois. J’ai fondu en larmes. J’ai vidé sa boite de mouchoirs.
J’ai pensé à mes parents, j’ai dit que c’était tellement une bonne nouvelles pour eux, pour ma mère surtout parce que maintenant elle pouvait être certaine que si je m’entendais tellement mieux avec mon père, ce n’était pas parce que je le préférais, mais parce que nous fonctionnions pareil lui et moi.
J’étais si heureuse pour ma mère, parce que je savais que ça allait guérir tellement de choses chez elle. Tellement de choses dont je me sentais responsable, du fait de mieux m’entendre avec mon père.

Mon amoureux est venu me chercher, et la première chose que je lui ai dit c’était quelque chose comme :

« C’est quelque chose de bien, et qui ne vient que de moi. Je ne le dois qu’à moi. C’est la première fois dans ma vie qu’il y a quelque chose de bien qui ne vienne que de moi. »

C’était ça l’important pour moi. Le chiffre je m’en fichais. Cette chose là m’appartenait. Alors oui, c’est le hasard de la vie, mais il n’empêche, c’était bien et cela venait de moi. J’avais fait quelque chose de bien pour la première fois.

Il fallait maintenant attendre les résultats, d’ici une semaine. Mais l’essentiel était fait. Je m’étais redécouverte. J’allais pouvoir revisiter ma vie à la lumière de cette nouvelle information, et enfin comprendre et trouver un sens à toutes ces questions qui aujourd’hui encore restaient sans réponses.
J’allais pouvoir cesser de me sentir « anormale ».

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